A bord du Transsibérien

En fait, le transsibérien est le nom de la ligne de chemin de fer reliant Moscou à Vladivostok, 9 288 km de rails à travers la Russie, et non pas un train en particulier. On peut donc se rendre au guichet de n’importe quelle gare et prendre un ticket en 1iere,2nd ou 3ieme classe vers telle ou telle ville se trouvant sur la ligne, ce qui revient bien moins cher que d’acheter un billet « transsibérien » dans une agence en Europe de l’ouest. Je préfère bien sur la 3ieme classe ou « platzkart » pour des raisons économiques mais aussi sociales. Il s’agit d’un wagon de plusieurs petits compartiments ouverts, chacun avec 4 couchettes, plus deux couchettes parallèles à l’allée centrale, ce qui permet de rencontrer plus de gens qu’en seconde classe ou le compartiment de 4 couchettes est fermé. De plus, il y fait en générale bien plus chaud. Aucune des fenêtres du train ne peuvent s’ouvrir, sauf dans le petit compartiment fumeur, ou je profite justement de cette mini fenêtre pour prendre des photos du paysage sans me heurter à la vitre sale.

P1100645Que ce soit en 2ieme ou 3ieme classe, je trouve le séjour en wagon plutôt réjouissant ! Les toilettes sont relativement propres, il y a toujours du papier et du savon, une hôtesse dans chaque wagon est au petit soin de ses passagers et leur sert du thé ou du café dans de mignonnes petites tasses. On peut trouver un assortiment de snacks et de boissons si besoin mais les passagers ont généralement prévu leurs victuailles, très souvent des boites de noodles déshydratées auxquelles ils ajoutent de l’eau chaude (qui est en libre service). Il flotte donc une odeur de nouilles au poulet dans les wagons, mélangée à un petit quelque chose d’un peu âcre, probablement des effluves de pieds et de sueurs. Comme à tout, on s’y habitue assez vite, mais mon estomac se soulève toujours un peu à l’entrée dans le wagon.

Les couchettes sont confortables, avec matelas et oreiller moelleux. L’hôtesse vous fournis des draps et une serviettes dans un emballage plastique témoin de leur propreté. (On peux néanmoins préciser « sans draps » à l’achat du billet pour économiser quelques roubles.)

Le voyage s’effectue lentement mais sûrement et, a mon goût, plutôt agréablement. Le train avance au travers d’une interminable forêt de bouleaux, parfois de pins, de plaines d’herbe jaunie et rencontre ici et là quelques petits villages de maisons en bois.

P1100632J’ai toujours aimé être en mouvement, être portée par le déplacement. Je regarde au delà de la vitre passer les nuages et j’ai tout le temps pour penser, pour écrire, je sens mon esprit s’éclaircir. Le transsibérien est parfait pour cela.

Et le coût, alors ?! Comment commander ses billets?

Pour le moment…Moscou-Kazan en platzkart : 30€ / Kazan-Yekaterinburg en 2ieme classe : 54€ / Yekaterinburg-Nobosivisk en platzkart : 47€. Soit 131 euros pour 3370km.

P1100647Il est possible, et même avisé si vous souhaitez avoir le billet le moins cher en 3ieme classe, de commander à l’avance votre billet en ligne sur le site officiel http://rzd.ru/. La version anglaise ne fonctionne pas et il vous faudra vous inscrire sur le site, le mieux est donc de demander de l’aide à son hôte, personnel d’hôtel ou qui-conque parlant anglais ! Commander le billet grâce à leur carte de crédit vous fera économiser des frais de banque, vous pouvez les rembourser directement en espèce. Normalement, le billet électronique permet d’entrer directement dans le train en ne montrant que votre passeport, cela à fonctionné plusieurs fois pour moi mais cela peut aussi vous jouer des tours. Une fois, on m’a demandé d’aller retirer un billet au guichet, et il y avait une telle queue que j’ai raté mon train. J’ai du ensuite faire la queue pendant 2 heures pour me faire rembourser mon billet, sur lequel ils ont pris une commission de 50 % ! Le mieux est de se rendre à la gare acheter son billet bien avant le départ (en ayant pris le soin d’écrire toutes les infos nécessaires ou d’être accompagné par un hôte) ou de l’acheter en ligne et d’aller le retirer à une borne automatique dans la gare avec son numéro de réservation et de passeport.

En bonus,La Prose du Transsibérien de Blaise Cendrars (1913) qui m’avait tant fasciné au collège:

En ce temps-là, j’étais en mon adolescence
J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J’étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J’étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n’avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon coeur tour à tour brûlait comme le temple d’Ephèse ou comme la Place Rouge de Moscou quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j’étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu’au bout.

Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare croustillé d’or,
Avec les grandes amandes des cathédrales, toutes blanches
Et l’or mielleux des cloches…
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode
J’avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s’envolaient sur la place
Et mes mains s’envolaient aussi avec des bruissements d’albatros
Et ceci, c’était les dernières réminiscences
Du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer.

Pourtant, j’étais fort mauvais poète.
Je ne savais pas aller jusqu’au bout.
J’avais faim
Et tous les jours et toutes les femmes dans les cafés et tous les verres
J’aurais voulu les boire et les casser
Et toutes les vitrines et toutes les rues
Et toutes les maisons et toutes les vies
Et toutes les roues des fiacres qui tournaient en tourbillon sur les mauvais pavés
J’aurais voulu les plonger dans une fournaise de glaive
Et j’aurais voulu broyer tous les os
Et arracher toutes les langues
Et liquéfier tous ces grands corps étranges et nus sous les vêtements qui m’affolent…
Je pressentais la venue du grand Christ rouge de la révolution russe…
Et le soleil était une mauvaise plaie
Qui s’ouvrait comme un brasier

 

En ce temps-là j’étais en mon adolescence
J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de ma naissance
J’étais à Moscou où je voulais me nourrir de flammes
Et je n’avais pas assez des tours et des gares que constellaient mes yeux

En Sibérie tonnait le canon, c’était la guerre
La faim le froid la peste et le choléra
Et les eaux limoneuses de l’Amour charriaient des millions de charognes
Dans toutes les gares je voyais partir tous les dernier trains

Personne ne pouvait plus partir car on ne délivrait plus de billets
Et les soldats qui s’en allaient auraient bien voulu rester…
Un vieux moine me chantait la légende de Novgorode. […]

 

Or, un vendredi matin, ce fut enfin mon tour
On était en décembre
Et je partis moi aussi pour accompagner le voyageur en bijouterie qui se rendait à Kharbine
Nous avions deux coupés dans l’express et 34 coffres de joailleries de Pforzheim
De la camelote allemande « Made in Germany »
Il m’avait habillé de neuf et en montant dans le train j’avais perdu un bouton
– Je m’en souviens, je m’en souviens, j’y ai souvent pensé depuis –
Je couchais sur les coffres et j’étais tout heureux de pouvoir jouer avec le browning nickelé qu’il m’avait aussi donné

J’étais très heureux, insouciant
Je croyais jouer au brigand
Nous avions volé le trésor de Golconde
Et nous allions, grâce au Transsibérien, le cacher de l’autre côté du monde
Je devais le défendre contre les voleurs de l’Oural qui avaient attaqué les saltimbanques de Jules Verne
Contre les khoungouzes, les boxers de la Chine
Et les enragés petits mongols du Grand-Lama
Alibaba et les quarante voleurs

Et les fidèles du terrible Vieux de la montagne
Et surtout contre les plus modernes
Les rats d’hôtels
Et les spécialistes des express internationaux.

Et pourtant, et pourtant
J’étais triste comme un enfant
Les rythmes du train
La « moelle chemin-de-fer » des psychiatres américains
Le bruit des portes des voix des essieux grinçant sur les rails congelés
Le ferlin d’or de mon avenir
Mon browning le piano et les jurons des joueurs de cartes dans le compartiment d’à côté
L’épatante présence de Jeanne
L’homme aux lunettes bleues qui se promenait nerveusement dans le couloir et me regardait en passant
Froissis de femmes
Et le sifflement de la vapeur
Et le bruit éternel des roues en folie dans les ornières du ciel
Les vitres sont givrées
Pas de nature!
Et derrière, les plaines sibériennes le ciel bas et les grands ombres des taciturnes qui montent et qui descendent
Je suis couché dans un plaid
Bariolé
Comme ma vie
Et ma vie ne me tient pas plus chaud que ce châle écossais
Et l’Europe toute entière aperçue au coupe-vent d’un express à toute vapeur
N’est pas plus riche que ma vie
Ma pauvre vie
Ce châle
Effiloché sur des coffres remplis d’or
Avec lesquels je roule
Que je rêve
Que je fume
Et la seule flamme de l’univers
Est une pauvre pensée…

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